En 2026, Marly célèbre les cinquante ans d’un événement qui a profondément marqué son histoire : la fusion avec Chésalles, devenue effective le 1ᵉʳ janvier 1976. Cette fusion a été précédé d’un long cheminement. Dès 1972, des pourparlers furent engagés entre les deux communes afin d’étudier la faisabilité d’un rapprochement. Un sondage organisé le 3 septembre 1973 révéla déjà un avis populaire largement favorable à la fusion. Une commission mixte fut ensuite chargée d’examiner les aspects financiers, les infrastructures nécessaires au développement de Chésalles et les modalités pratiques d’intégration.
C’est dans ce contexte que le 22 septembre 1975, à 20 h précises, les assemblées communales de Marly et de Chésalles se réunirent simultanément pour décider de leur avenir. À Marly, environ 180 citoyens votèrent en faveur de la fusion, avec une seule voix opposée. À Chésalles, les 25 citoyens présents l’acceptèrent à l’unanimité. À 20 h 55, les cloches de Marly se mirent à sonner à toute volée pour annoncer que la fusion était désormais pratiquement acquise. Il ne restait plus qu’au Conseil d’État et au Grand Conseil à ratifier la décision, ce qui fut fait lors de la session de novembre. La fusion put ainsi entrer en vigueur dès le premier jour de 1976.
Cette décision répondait à des enjeux concrets : Chésalles, commune de petite taille et lourdement taxée, ne pouvait envisager un développement harmonieux de ses infrastructures avec ses seules ressources. Avec la fusion, elle y gagnait une fiscalité allégée – ses contribuables passant d’un impôt de 1.25 franc par franc d’impôt cantonal à 70 centimes – ainsi qu’un accès à des services mieux dimensionnés. Marly, quant à elle, retrouvait une zone verte indispensable à son expansion future et garantissait à ses habitants l’extension à long terme de sa zone industrielle. Les questions scolaires, paroissiales et de représentation furent réglées avec pragmatisme : les enfants de Chésalles rejoindraient les écoles de Marly dès la rentrée 1976 et, durant une période transitoire, le syndic de Chésalles représenterait sa commune au sein du Conseil communal de Marly, avant que le nombre de conseillers ne soit ramené à neuf.
Le 2 janvier 1976, une cérémonie solennelle vint sceller cette union nouvelle. Elle se déroula à la limite des deux anciennes communes, sur l’actuelle route de Chésalles, près du ruisseau de Copy où se trouvait la borne marquant l’ancienne frontière. Ce jour-là, malgré la pluie et le vent d’hiver, les drapeaux des deux communes flottaient sur l’administration communale, tandis que des drapeaux suisse et fribourgeois avaient été tendus au-dessus de la route. Conduites par La Gérinia, les autorités marlinoises rejoignirent les Chésallois peu avant seize heures. Sur place les attendaient M. Rémi Brodard, conseiller d’État, les autorités communales des deux localités, la population, les prêtres de Marly et d’Ependes–Arconciel, et le groupe folklorique « Le Bluet ».
Vint ensuite le geste symbolique : quatre conseillers communaux de Marly – Mme Paulette Rouiller, MM. Alphonse Balmer, Bernard Cuennet, et Claude Simonet – assistés du Syndic de Chésalles, M. Michel Schorderet, et de M. Gilbert Brugger, saisirent ensemble le levier permettant d’extraire la borne séparant les deux communes et de la coucher dans le pré. La frontière ancestrale disparaissait ainsi. Un habitant de Chésalles demanda aussitôt l’autorisation de conserver la borne ainsi que la corde du levier, en souvenir de ce moment historique.
Dans son discours, M. Schorderet évoqua les huit siècles d’histoire de Chésalles, mentionnée pour la première fois en 1145. Le village avait dépassé la centaine d’habitants mais avait ensuite connu une stagnation, aggravée par les charges financières liées notamment à la construction d’une route reliant Marly à Chésalles. M. Jean Gaudard, Syndic de Marly, exprima ensuite la joie de sa commune et rappela le rôle essentiel des anciens syndics – M. Maurice Richoz pour Marly et M. Hilaire Niclass pour Chésalles – qui avaient initié les premiers pourparlers, ainsi que celui de M. Bernard Brugger pour la gestion administrative. Pour marquer ce jour d’une empreinte durable, il fut décidé de planter un chêne, geste accompli par les deux syndics qui tentèrent, non sans peine, de maintenir l’arbre droit malgré le vent. L’abbé Joseph Böschung conclut la cérémonie par une prière appelant la bénédiction divine sur la nouvelle commune.
La population fut ensuite invitée au café de la Gérine pour un apéritif animé par La Gérinia et Le Bluet, avant que les autorités ne se retrouvent à l’hôtel de la Croix-Blanche pour un banquet officiel.
Cinquante ans plus tard, si les moments de cette journée ne vivent plus que dans les souvenirs, les archives communales renferment pourtant un précieux témoignage : un album entier consacré à cette cérémonie historique, où l’on voit la borne extraite de la terre, les drapeaux hissés au vent, les discours prononcés sous la pluie de janvier et le jeune chêne planté en symbole d’avenir.
Ces photos témoignent d’une fusion mûrement réfléchie, acceptée avec enthousiasme et vécue dans un esprit de solidarité. Cette union a façonné le territoire, structuré son développement et nourri une identité commune dans laquelle Chésalles demeure non seulement un quartier de Marly, mais une partie intégrante de son histoire et de sa mémoire collective. Les armoiries actuelles de Marly en portent encore la trace : les trois feuilles d’aulne qui accompagnent la figure du chevalier symbolisent les trois anciennes communes – Marly‑le‑Petit, Marly‑le‑Grand et Chésalles – réunies pour former le Marly d’aujourd’hui.
Boris Sansonnens
Archiviste communal
Chésalles avant la fusion, souvenirs d’une Chésallois
A la fin de l’automne 1975, l’assemblée communale de Chésalles décide à l’unanimité des 19 citoyens présents de fusionner avec la commune de Marly. Cette assemblée s’est déroulée dans la grande chambre de la ferme Horner, là même où, avant la fusion, se tenaient les séances du Conseil communal de Chésalles.
Cette ferme était le lieu de résidence de M. Robert Horner et de sa famille, qui, en plus de la fonction de Conseiller communal de Chésalles, était également secrétaire et caissier communal. Deux fois par mois, le syndic, M. Niclass Hilaire avec son inséparable cigare et M. Schorderet Michel avec sa pipe, arrivaient l’un après l’autre pour la séance du Conseil communal. Une fois que nous, les enfants, étions réduits (9 enfants… cela prenait du temps), la séance pouvait débuter autour de la table principale de la chambre.
Le grand bureau de mon Papa Robert contenait tous les documents écrits, liés au bon fonctionnement administratif de la Commune rurale qui comptait alors 75 habitants répartis dans 12 foyers.
A cette époque, en hiver, la neige était bien présente et souvent, vers 10h, un attelage formé de 2 chevaux était amené devant le local du feu où se trouvait l’unique chasse neige de Chésalles. Celui-ci était composé de deux longues planches reliées à la pointe et ouvertes sur les côtés pour faire office de chasse-neige. On appelait cet engin « le triangle ».
Une planche de traverse était installée au milieu de l’engin, et les 3 conseillers communaux s’installaient là-dessus pour faire du poids afin d’augmenter l’efficience du passage du convoi. L’attelage était prêt pour aller parcourir les différents chemins communaux, avec quelque arrêts schnaps pour laisser respirer les deux chevaux…
Durant l’hiver, les paysans préparaient le bois de la forêt communale qui était ensuite vendu au printemps lors d’une mise de bois à la criée. On misait même les tas de branches pour en faire des fagots qui servaient à chauffer les nombreux fourneaux à molasse présents dans les habitations. Plusieurs fours banals (dont un de 1873) étaient aussi à disposition des familles pour y cuire leurs pains ainsi que les gâteaux aux pommes. Le matin, les enfants en allant à l’école y amenaient le bois pour chauffer le four et, à midi, les grands gâteaux étaient prêts. On profitait aussi de cette inertie de chaleur pour sécher des pommes.
A cette époque, Chésalles faisait partie du cercle scolaire d’Ependes ainsi que de sa paroisse. Le bâtiment de l’école avait deux entrées, une pour les filles et une pour les garçons. C’est à pied que nous nous y rendions, en faisant 4 fois par jour le trajet de plus de 2 km à travers la forêt de Chésalles. Avant le départ, les enfants se rassemblaient devant la ferme. Les plus grands ouvraient ensuite la marche, tout en ayant toujours un regard bienveillant sur les plus jeunes afin de s’assurer qu’ils suivent la cadence durant cette marche de ¾ d’heure. Heureusement, lorsqu’il y avait de forte chute de neige, les sœurs enseignantes nous cuisinaient de la soupe à midi afin d’éviter un aller-retour à pied dans la haute neige pour rentrer diner.
Les sœurs enseignaient les cours des premiers degrés et M. le régent aux plus grands. Certains élèves restaient à l’école du village jusqu’à leur émancipation. Le C.O. n’était pas obligatoire et seul certains élèves choisissaient la voie de l’apprentissage ou de la formation supérieure.
A la fin de l’hiver, un petit alambic communal, a feu de bois, était mis à disposition des agriculteurs pour mettre en valeur leur récolte de fruits de l’année précédente. L’alcool ainsi obtenu servait entre autres, et principalement, à soigner le bétail de tous les maux…
Avant la fusion, les impôts communaux étaient au maximum légal et en plus, chaque contribuable devait s’acquitter d’un montant de Fr. 50.- supplémentaire pour alimenter la caisse communale.
C’était notre quotidien il y a 50 ans. Depuis, bien des choses ont évoluées avec de nombreux avantages.
Maurice Horner, habitant de Chésalles âgé de 17 ans lors de la fusion
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Rémi Brodard, Conseiller d'Etat
Plantation du chêne par les deux syndics
Extraction de la borne séparant les communes de Marly et Chésalles